• Laurent Marchand nous éclaire sur les listes transnationales

     • Publié le 1 février 2018 • Rubrique(s) Actualités de l'Union europénne, Actualités de la Maison de l'Europe, L'Europe près de chez vous, Les temps forts

    Des  listes transnationales  proposées aux prochaines élections de nos députés européens en 2019.
    Laurent Marchand, éditorialiste à Ouest-France nous invite à réfléchir en répondant à nos questions

    Pourquoi cette idée neuve de listes transnationales ?
    A dire vrai, l’idée est relativement ancienne. D’abord, les groupes politiques au Parlement européen fonctionnent sur un mode transnational, même si la crise et les replis qu’elle a provoqués ont eu tendance ces dernières années à faire revenir des logiques d’appartenance nationale. Et puis, il y a des précédents. En 1989, par exemple, Maurice Duverger, fervent partisan du projet, avait été candidat sur les listes du Parti Communiste italien. D’autres exemples existent. L’idée de telles listes est de diffuser une approche proprement européenne, et non plus nationale, des clivages politiques partisans. Après tout, on est parfois plus proche d’un eurodéputé d’un autre pays ayant notre sensibilité, que d’un eurodéputé français d’un parti dont on ne partage pas les idées. Les grands défis (numériques, écologiques, énergétiques, sécuritaires, juridiques) étant désormais le plus souvent à l’échelle européenne, le débat partisan en serait enrichi. Mais le retour des idées nationalistes augmente aussi le nombre de partis hostiles aux listes transnationales. Derrière l’aspect laboratoire que de telles listes peuvent avoir, l’enjeu politique est majeur puisque de telles listes soulèvent des questions au cœur du clivage souverainistes/européistes, si opérant actuellement un peu partout en Europe. 

    Faut-il saisir cette occasion dès maintenant ?
    Le moment s’y prête pour une raison imprévue il y a encore trois ans : le Brexit. Le départ de Strasbourg, en 2019, des 73 députés britanniques offre une occasion unique de faire ce test. Passée cette occasion, il sera très difficile de remettre ce projet à l’agenda. Les eurodéputés doivent approuver, en février, un texte prévoyant de consacrer 27 de ces 73 sièges à une nouvelle répartition du nombre de sièges par Etat en raison des évolutions démographiques (la France gagnera ainsi 5 sièges supplémentaires, l’Espagne 5, l’Italie 3 etc…). Ce texte prévoit aussi de garder en réserve les 46 sièges restant pour des listes transnationales ou l’entrée de nouveaux membres. 

    Une liste transnationale serait-elle trop complexe pour les électeurs ?
    C’est l’un des arguments avancés par les détracteurs de ce projet, surtout en France. Il s’agirait pour les électeurs français, le jour des élections, de glisser deux bulletins de vote dans l’urne. Un pour le vote de liste habituel, un autre pour les sièges réservés aux listes transnationales. Inhabituels pour les électeurs français, ce type de scrutin est en fait assez banal dans d’autres pays. En Allemagne, par exemple, l’électeur a toujours deux listes à cocher les jours d’élections. Les électeurs américains en ont même bien davantage puisque début novembre ils votent souvent pour leurs représentants au Congrès, pour les grands électeurs les années de présidentielles, mais aussi pour des juges, des référendums, des gouverneurs. L’argument de la complexité ne tient pas vraiment. C’est la contestation politique du « trans-nationalisme », en l’occurrence de la tentative de constituer une opinion publique européenne, qui est en réalité la plus virulente.

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