• Qui occupent les nouveaux “top jobs” de l’Union européenne?

     • Publié le 9 juillet 2019 • Rubrique(s) Actualités de l'Union europénne

    Sans TitreDe gauche à droite: Ursula von der Leyen, Josep Borrell, Christine Lagarde, Charles Michel et David Sassoli

    Après des négociations compliquées, la répartition des principaux postes de l’UE (“top jobs”) a été annoncée. Si certaines nominations sont définitives, d’autres sont en sursis avant l’approbation du Parlement. Les trois familles politiques principales sont représentées: deux femmes de droite à la Commission et à la BCE, deux socialistes à la diplomatie et au Parlement et un libéral au Conseil européen. Zoom sur les 5 personnalités qui occuperont ces postes déterminants.

    Ursula von der Leyen, un choix imprévu pour la Commission

    Le sommet européen s’est longuement prolongé avant que les chefs d’État et de gouvernement ne s’accordent sur Ursula von der Leyen. Cette nomination est imprévue dans la mesure où elle met de côté le système des Spitzenkandidaten. En effet, ce système informel impose la tête de liste du parti vainqueur aux élections européennes comme président de la Commission. Cependant, les traités n’obligent pas le Conseil européen à respecter ce système. Ils disposent seulement que le Conseil sélectionne son candidat conformément aux résultats des élections. Ainsi, les chefs d’État et de gouvernement ont vite mis de côté l’option Spitzenkandidat pour négocier selon leurs propres termes. Les Vingt-Huit ont finalement trouvé un consensus de dernière minute après suggestion du président français à Angela Merkel. La nomination d’Ursula von der Leyen doit être confirmée par le Parlement mi-juillet, puis elle prendra la tête de la Commission le 1er Novembre pour 5 ans.

    Ursula von der Leyen est actuellement ministre de la défense du gouvernement de la chancelière allemande. Elle est considérée comme étant une conservatrice modérée et une fédéraliste convaincue. Son parcours atypique lui permet d’être une personnalité acceptable pour remplir la fonction. Elle est notamment née à Bruxelles, parle 3 langues dont le français et est présente dans le gouvernement d’Angela Merkel depuis 2005. Néanmoins, de nombreuses polémiques entachent sa réputation en Allemagne. Sa côte de popularité n’atteint plus que 35% aujourd’hui. Ces polémiques nourrissent les critiques de l’opposition et mettent à mal son élection par le Parlement.

    Josep Borrell, ou l’ascension diplomatique de l’Espagne

    Le socialiste espagnol prend le leadership de la diplomatie européenne en devenant Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères. À 72 ans, il retourne sur le devant de la scène européenne, qu’il avait quitté en 2009 après avoir été président du Parlement. Après quelques années passées loin de la politique, il revient pour se positionner fermement contre les indépendantistes catalans. En 2018, il est consacré ministre des Affaires étrangères, puis il devient tête de liste du PSOE lors des élections européennes. Enfin, le sommet européen le désigne comme candidat au poste de Haut représentant. Désormais, il attend l’approbation du Parlement.

    La nomination de Josep Borrell est synonyme de prise d’influence de l’Espagne dans le concert des nations européennes. Si le couple franco-allemand reste très largement dominant, il semblerait que Madrid prenne progressivement la place de Rome à la table des négociations. Cette dernière occupait 3 des postes les plus importants de l’UE et s’imposait en tant que 3ème force de l’Eurogroupe. Mais l’amélioration de l’économie espagnole et les récents désaccords entre Bruxelles et Rome ont favorisé l’essor de l’Espagne parmi les leaders européens.

    Christine Lagarde, une nomination controversée à la BCE

    L’annonce du choix de Christine Lagarde à la tête de la BCE a provoqué des réactions hétérogènes. D’un côté, elle fait l’unanimité auprès des dirigeants européens. Il faut dire que son expérience est imposante. Tout d’abord, elle devient la première femme présidente du plus grand cabinet d’avocats américain. Puis, ministre de l’Économie et des Finances sous Nicolas Sarkozy, c’est elle qui a organisé le sauvetage des banques françaises puis le premier plan de soutien à la Grèce. Enfin, elle culmine à la tête du FMI depuis 2011, ce qui lui permet de connaître tous les banquiers centraux et dirigeants du monde.

    Mais cette bonne réputation internationale ne suffit pas pour certains. En effet, elle n’est ni économiste, ni banquière centrale, contrairement à ses prédécesseurs. Par ailleurs, sa popularité est compromise par sa condamnation dans l’affaire Tapie. Pour rappel, la Cour de Justice de la République l’avait jugé “négligente” en autorisant l’arbitrage trop favorable à Bernard Tapie contre le Crédit Lyonnais.

    Charles Michel, un Premier ministre belge à la tête du Conseil européen

    Les chefs d’État et de gouvernement ont choisi un de leurs homologues pour présider le Conseil européen. Actuellement Premier ministre belge par intérim, Charles Michel a une expérience considérable en matière de compromis compliqués. En effet, il gouverne depuis 2014 une coalition de 4 groupes où son parti, le Mouvement réformateur (centre droit), est la seule formation francophone. Cette situation bancale a éclaté en décembre 2018 après le départ des nationalistes flamands de la N-VA. Charles Michel, sans majorité, est alors contraint à démissionner mais il garde son poste en attendant la sortie de crise. Il devrait prendre la tête du Conseil européen le 1er décembre.

    David Sassoli, un rééquilibrage dans le poids des partis

    Les eurodéputés ont fait leur rentrée le 2 juillet, mais la session inaugurale n’a duré qu’une quinzaine de minutes. Elle a très vite laissé place aux négociations entre partis pour choisir le président du Parlement. En effet, le sommet européen pour la désignation des top jobs se déroulait en même temps. Par conséquent, les eurodéputés étaient toujours dans l’incertitude quant à l’origine politique des futurs dirigeants de l’UE. À l’issue du sommet, l’accord entre PPE et S&D a conduit le Parlement à se choisir un socialiste comme président. David Sassoli succède donc à un autre Italien, Antonio Tajani (PPE). Il sera normalement remplacé par un membre du PPE pour la seconde partie de la législature, en janvier 2022.

    Élu européen depuis 2009, David Sassoli a notamment été vice-président du Parlement. Pour son mandat, il a affirmé vouloir renforcer les prérogatives du Parlement et réformer la politique européenne d’immigration vers plus de solidarité entre pays. Son élection permet à l’Italie de se maintenir à un des postes européens importants. Néanmoins, il ne sera pas un allié pour le gouvernement populiste italien.

    About