Économie circulaire : de la politique européenne à l’action concrète sur les territoires

Le 3 mars 2026, la Maison de l’Europe de Rennes et Haute Bretagne – Centre EUROPE DIRECT organisait une conférence consacrée à l’économie circulaire, réunissant chercheurs, acteurs publics, entreprises et partenaires européens. Une soirée riche en perspectives, montrant comment une ambition européenne se traduit concrètement dans les territoires.

Source image : @MDE_de_Rennes

Comprendre l’économie circulaire : au-delà du recyclage

En ouverture, Sébastien Bourdin, professeur à l’IÉSEG School of Management de Lille, a rappelé qu’il n’existe pas une définition unique de l’économie circulaire… mais 211 d’après une étude académique. Ce pluralisme illustre la richesse mais aussi la complexité du concept.

Deux malentendus fréquents ont été soulignés :

– L’économie circulaire ne se limite pas au recyclage.

– Elle ne repose pas uniquement sur des gestes individuels : elle dépend de règles, d’infrastructures, de marchés et de choix collectifs.

Dans sa définition classique, l’économie circulaire s’appuie sur le paradigme des « 3R » : réduire (les intrants et l’extraction de ressources), réutiliser (allonger la durée de vie des produits) et recycler (mieux gérer les déchets). L’objectif est de transformer en profondeur nos modes de production et de consommation.

L’Union européenne : 20 ans de structuration progressive

L’économie circulaire est aujourd’hui un pilier de la stratégie industrielle européenne autant qu’environnementale. Trois raisons structurelles expliquent cet engagement :

– Les ressources : dépendances d’approvisionnement, volatilité des prix, criticité des matières premières.

– Le climat et la biodiversité : réduire l’extraction, l’énergie consommée et les déchets.

– La résilience : raccourcir les chaînes de valeur, sécuriser les approvisionnements, favoriser des produits réparables et durables.

Depuis 2008, la politique européenne a évolué d’une logique centrée sur la fin de vie des produits (gestion des déchets et hiérarchie de traitement) vers une approche intégrée couvrant la conception, l’usage et la fin de vie. Elle structure ainsi les marchés pour favoriser la circularité.

On note parmi les grandes étapes de cette politique. En 2015, un premier plan d’action pour l’économie circulaire, entre 2018 et 2019 l’interdiction de plusieurs plastiques à usage unique, ou encore entre 2024-2025 de nouvelles règles sur les produits durables et le droit à la réparation.

Deux textes structurants illustrent ce déplacement de la contrainte en amont :

– Le règlement sur l’écoconception pour des produits durables (ESPR) en 2024 ;

– Le règlement sur les emballages et déchets d’emballages (PPWR) en 2025.

Pourquoi le territoire compte

Si l’impulsion est européenne, la mise en œuvre est territoriale. Les flux de matières, d’énergie et de déchets ont un coût environnemental et économique lié à la distance. Les boucles courtes supposent proximité et coordination.

Sébastien Bourdin a présenté le cadre analytique des écosystèmes circulaires territoriaux (ECT). Ils reposent sur :
– Des acteurs : collectivités, entreprises, intermédiaires, recherche, société civile.
– Des ressources : flux locaux, compétences, infrastructures, outils financiers.
– Des institutions : cadres juridiques, gouvernance, normes culturelles, systèmes d’incitation.


Trois conditions de réussite ont été identifiées :
– Une boussole partagée.
– Une fonction d’intermédiation.
– Des marchés capables de tirer la demande.

Trois pièges sont à éviter :
– Confondre plan déchets et stratégie circulaire.
– Travailler en silos (déchets, développement économique, urbanisme).
– Mesurer uniquement les tonnes recyclées, sans considérer l’évitement, le réemploi ou la valeur créée.

Les priorités sont claires : passer à l’échelle, sécuriser la demande (notamment via la commande publique) et structurer une gouvernance territoriale forte.

Rennes Métropole : de la gestion des déchets à la stratégie globale

Nathalie Wright, chargée de mission « Économie circulaire » à Rennes Ville et Métropole, a illustré concrètement le rôle d’une collectivité. L’intercommunalité agit sur plusieurs leviers : gestion des déchets, développement économique, soutien à l’emploi (notamment inclusif), plan climat-air-énergie. Au fil des années, le territoire est passé d’une approche centrée sur le recyclage à une analyse plus globale du « métabolisme urbain », d’abord dans le secteur du BTP, puis dans d’autres filières (équipements électriques et électroniques, mobilité, biomasse). Une feuille de route a été élaborée, suivie en 2024 par le lancement d’une Charte Économie Circulaire rassemblant de nombreux signataires.

 

Cette stratégie permet de structurer des filières de réemploi (appels à projets, solutions circulaires, restauration en contenants réutilisables), de monter l’exemple en tant que collectivité (achats responsables, rénovation bas carbone, lutte contre le gaspillage alimentaire) et de faire monter en compétences les acteurs locaux (événements, liens avec la recherche, mobilisation des artisans).
On observe ainsi, au niveau local, une évolution parallèle à celle de l’Union européenne : montée en ambition et élargissement progressif du périmètre d’action.

Entreprise et innovation : l’exemple d’Hyper U Guichen

Isabelle Quanquoit, Directrice RSE et des services clients chez Hyper U Guichen (230 collaborateurs, 15 000 clients par semaine), a présenté une initiative concrète. À la suite de sa participation au parcours de la Convention des Entreprises pour le Climat, le magasin a lancé, en septembre 2024, un rayon textile reconditionné, en partenariat avec l’association Pik’éthique, engagée dans la lutte contre le gaspillage textile. Ce rayon représente aujourd’hui 10 % des ventes textiles, avec un objectif de 30 % à l’horizon 2030. L’enjeu est de pérenniser un modèle économique moins fondé sur les volumes, plus compatible avec les principes de l’économie circulaire. L’ambition est également d’étendre cette logique à d’autres secteurs, notamment l’alimentaire, et de diffuser le concept à l’échelle du territoire. Anticiper les évolutions réglementaires et transformer le modèle en profondeur deviennent des stratégies d’avenir.

Coopération européenne : un renouvellement des partenariats

Joseph Ménard, Président de Bretagne Pologne, a rappelé l’importance des coopérations interrégionales. Alors qu’un cycle historique d’accompagnement vers l’adhésion et le développement territorial s’achève avec la région de Poznań, les partenariats se renouvellent autour de thématiques contemporaines comme l’économie circulaire.
Les échanges récents à Bruxelles, réunissant délégations bretonnes et polonaises, illustrent cette dynamique : porter ensemble des sujets auprès des institutions européennes, mutualiser les expériences, apprendre collectivement. La coopération territoriale retrouve ainsi une utilité stratégique dans un contexte de transition écologique.

Une dynamique collective en action

En conclusion, Sébastien Bourdin a souligné que l’économie circulaire prend véritablement vie dans les territoires. Elle repose sur l’anticipation, la mutualisation, l’apprentissage collectif et la coopération. 

 

La conférence a montré que la circularité n’est ni un slogan ni un simple outil environnemental : c’est une transformation systémique, qui relie politiques européennes, stratégies locales, innovations entrepreneuriales et partenariats européens. Un mouvement déjà engagé, qui appelle désormais à changer d’échelle.

Jean Guichard