• [COMPTE RENDU // WEB-CONFERENCE] Europe, France, Monde : La vision de l’Allemagne, Présidente du Conseil de l’Union européenne

     • Publié le 3 novembre 2020 • Rubrique(s) Actualités de la Maison de l'Europe, Conférences - Débats, Les temps forts, MDE

      Oejten

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    Jan Christoph OETJEN – député européen allemand depuis 2019, membre du groupe Renew europe.

    Europe, France, Monde : La vision de l’Allemagne, Présidente du Conseil de l’Union européenne

    Pour revoir la web-conférence vous pouvez cliquer sur la vidéo ci-dessous.

     I – La position de l’Allemagne envers l’Union européenne

    L’amitié franco-allemande est très chère à Jan-Christoph Oetjen. Il est convaincu qu’elle fut après la Seconde guerre mondiale une base à la création de l’UE.

    • La perception de l’Union européenne par les citoyens allemands

    Les Allemands sont très pro-européens car ils se rendent compte que le succès économique qui caractérise leur économie est lié à l’Europe, et à son marché unique. Pour beaucoup d’allemands, cette participation est le gasoil du moteur économique allemand.

    D’autre part, la présidence de Donald Trump renforce ce sentiment pro-européen. Ce vieux lien transatlantique est toujours présent avec les amis américains, cependant son intensité a tendance à diminuer sous la présidence de Donald Trump, ce qui exacerbe le sentiment allemand pro-européen. C’est ce que prouve les derniers sondages Eurobaromètre, 49% des allemands interrogés disent avoir confiance dans l’Union européenne (contre 32% des français).

    Les allemands, cependant pensent que l’Union européenne est parfois longue à mettre des choses en place. La population attend plus de rapidité et une harmonisation au niveau européen.

    • Le plan de relance : si l’UE est parfois longue, l’adoption du plan de relance Next Génération EU est une vraie preuve du contraire, l’UE a rapidement fait le nécessaire, notamment grâce à l’impulsion de Madame Merkel. Or l’Allemagne était autrefois considérée comme un pays « frugal », dès lors, comment les allemands envisagent-ils cet endettement commun?

    Il faut séparer le ressenti de la population et la position gouvernementale. Le départ du Royaume-Uni change les perceptions. Il ne serait pas souhaitable que dans une autre situation de crise, un État membre décide de faire la même chose. Il faut donc faire œuvre de solidarité. Cet élan de solidarité porté par Emmanuel Macron et Angela Merkel, a permis la création de ce plan de relance. 

    • Les principaux points annoncés qui vont être traité pendant les 6 prochains mois de la Présidence allemande du Conseil de l’UE?

    La Présidence du conseil est très technique, c’est pour ça que les pays fonctionnent en trio (Croatie, Allemagne, Portugal). A part le plan de relance, qui est au centre de cette présidence, il faut aussi traiter la négociation du budget pluriannuel. Actuellement on discute combien sera mis dans chaque portefeuille. La présidence s’occupera également de la coordination des mesures COVID. Il est important selon lui que l’UE prenne de la place dans ce débat, car au début de la crise certains États ont pris des décisions qui allaient à l’encontre des valeurs de l’UE. Ils ont réquisitionnés des masques qui étaient destinés à d’autres États membres. Du point de vue de Mr Oetjen, il faudrait une harmonisation au niveau européen, en ce qui concerne les protocoles sanitaires, les campagnes de tests, les quarantaines … 

    • Justement, pour une harmonisation il faudrait que l’Union européenne soit compétente en matière de santé, comment mettre en commun des compétences que certains États membres refusent d’attribuer à l’UE? Comment faire avancer les choses dans ce sens, malgré le principe d’unanimité au Conseil?

    Il est impossible d’arriver à une décision finale avec le principe d’unanimité, qui constitue d’ailleurs un contre sens en démocratie. Il faudrait s’en débarrasser car il empêche l’UE de parler d’une seule voie, l’exemple le plus récent est celui de la Biélorussie.

    Au Parlement, il y aurait dès à présent un consensus pour réformer ce principe d’unanimité. C’est pourquoi, le ce dernier insiste sur la tenue de la Conférence sur l’avenir de l’Europe qui devrait permettre de réformer certaines choses. Cependant cette impulsion doit venir des citoyens.

    • La règle de l’État de droit : il est notamment question de la conditionnalité de l’État de droit à l’octroi des aides du plan de relance. Va-t-on arriver à punir les mauvais élèves, ou est-ce que l’UE va rester impuissante devant le non-respect des valeurs qui ont motivées sa création?

    Le Parlement pousse pour que soit mis en place un système de surveillance de l’État de droit en Europe. Il se passe effectivement en Hongrie et en Pologne des choses qui ne sont pas en adéquation avec les valeurs européennes. Il faut un mécanisme de surveillance neutre, avec pour fonction de surveiller l’État de droit ou en cas de violation, serait déclenché une procédure, puis des sanctions. Il faut des sanctions car sinon il n’y aura pas de changements. C’est au Parlement européen de porter ce flambeau, car les États membres ne vont jamais réussir à se mettre d’accord. Le Parlement doit affirmer que s’il n’y a pas un mécanisme de conditionnalité des aides à l’État de droit, le budget pluriannuel ne sera pas voté.

     II- La relation franco-allemande

    • La vision allemande de la France

    La France est considérée comme l’allié le plus important. Cependant les allemands ont eu l’impression de devoir attendre la France. Après le couple Helmut Kohl et François Mitterrand, il n’y eu pas d’autre « power couple » pour réformer l’UE. Ils ont également l’impression que la France n’arrive pas à mettre en place ses réformes.

    • Qu’en est-il de l’évolution de l’AIRBUS européen?

    Ce projet est à préserver et à soutenir, surtout pendant cette crise du COVID qui a entrainé une chute de 80% du trafic aérien. Il faut donc à nouveau une harmonisation des règles des voyages selon Monsieur Oetjen, et un plan de relance pour l’aviation.

    De plus, si on veut arriver à baisser les émissions de gaz à effet de serre, il faut de nouveaux appareils, exactement comme ce qu’on a fait dans beaucoup de pays avec les voitures, il faut instaurer des primes d’achat pour les avions moins polluantes.

    • Cependant comment être concurrentiel sur le marché international lorsque l’on ne se donne pas les moyens d’affronter la concurrence internationale, prenons l’exemple du rejet par la Commission européenne de la fusion d’Alstom et Siemens ?  

    On réfléchit à la concurrence dans l’UE or c’est vrai qu’aujourd’hui la concurrence est mondiale dans certains domaines où il faut pouvoir affronter les chinois et les indiens. Cependant, les règles de la concurrence européennes restent très importantes dans d’autres, tel que : l’aviation, le secteur ferroviaire, 5G.

    • En ce qui concerne le projet de la batterie européenne

    Actuellement nous sommes dépendants de la Chine, il nous faut une stratégie sur les batteries européennes qui constitue l’avenir de nos voitures. On a besoin d’innovation européenne créer des emplois en plutôt que de dépendre d’importations.

    • En Allemagne, parle-t-on de retour au pays de certaines entreprises, comme c’est le cas en France?

    Il faut être compétitif quand même, ce n’est pas qu’une volonté politique mais aussi une question de prix. Les consommateurs doivent faire le choix de payer plus cher. Pour une part du marché cela est possible, car on peut être compétitifs en produisant en Allemagne, pour d’autres non. En Allemagne on est bien conscient, que si on n’est pas compétitifs des emplois se perdent.

    III. L’Europe et le monde qui l’entoure

    •  L’accord sur les migrations et l’accueil des migrants avec la Turquie

    La Turquie est plus loin de l’Europe qu’il y a 10 ans. Politiquement et d’un point de vue sociétal, la Turquie s’est développée en s’éloignant de l’UE, bien qu’elle soit toujours un candidat associé, la Turquie ne pourra plus rentrer dans l’Union européenne. Cependant, on doit garder la Turquie proche.

    L’accord qui a doté la Turquie de 5 à 6 milliards d’euros pour aider les migrants syriens sur son territoire reste la bonne solution selon lui car ne peut pas tous les accueillir en Europe. Cependant il faut de la dignité, des droits humains et une bonne gestion par les organismes internationaux.

    • La position allemande envers la Russie, notamment la position ferme de Madame Merkel sur l’empoissonnement d’Alexeï  Navalny

    La question est ; comment traiter les dictatures, car la Russie n’est plus une démocratie selon lui. Il faut condamner internationalement la Russie d’un point de vue diplomatique. Le Parlement européen a par exemple  demandé au Parlement allemand de mettre un terme au projet du Nord Stream. Les députés allemands pont rejoins cette position. Selon lui on ne peut pas travailler en l’État actuel avec la Russie mais d’autre part c’est un voisin, avec qui l’Europe à des frontières communes. Il faut quand même dialoguer avec la Russie.

    – L’appui au développement et les relations entre l’UE et l’Afrique

    • Comment l’UE peut participer au développement de ce continent qui va devenir dans les prochaines années une force économique et démographique majeure ?  

    Il faut plus discuter d’égal à égal avec l’Afrique. La France du fait de son histoire, ne serait peut-être pas le pays le plus à même de le faire.

    Il faut mettre en place des migrations circulaires pour former des jeunes, créer des échanges entre universités, des collaborations d’égal à égal entre des entreprises européennes et africaines de petites et moyennes tailles afin que les africains n’ai pas l’impression de se sentir écrasés par des firmes multinationales.

    • Pour coopérer avec l’Afrique, il faut qu’elle soit en paix, or cela n’est pas le cas partout. L’Union européenne qui veut faire de ses zones d’influence des zones de paix ne devrait-elle pas construire une Europe de la défense ?

    Oui il faudrait une armée européenne avec des soldats de toutes les nationalités, et non une simple coopération entre unités nationales tel que cela fonctionne aujourd’hui. Des progrès ont été faits, mais cette question reste très symbolique, et régalienne pour les États. Il craint qu’il y ait encore beaucoup de temps avant que cela se produise. Cependant il existe de réelles demandes, comme en Afrique notamment par les pays qui luttent contre l’État islamique.

    On doit s’impliquer pour défendre à nos portes nos valeurs européennes, cependant le faire dans un cadre multinational serait le plus judicieux, dans le cadre des Nations-Unies par exemple.


    Quelques retours de la part de nos participants :

    « Avoir l’avis d’un allemand sur l’état actuel de l’Europe et aussi des relations franco-allemande était très intéressant même si M. Oetjen n’est peut-être pas tout à fait représentatif du ressenti de nos partenaires allemands en raison de sa francophilie. »

    « J’ai trouvé le sujet très intéressant avec un député européen qui a été transparent et direct en partageant sa vision personnelle des enjeux et défis de l’Europe. C’est tellement rare pour un politique que ça mérite d’être souligné! »

    « Un fil conducteur avec un support pourrait constituer un axe d’amélioration. On pourrait avoir quelques chiffres ou des cartes pour bien situer chacun des sujets abordés et surtout pour maintenir l’attention, ce qui est plus difficile à distance. »  

     


    Cette web-conférence vous  a été proposé et présenté par la Maison de l’Europe de Rennes et Haute Bretagne avec la participation du World Trade Center Rennes Bretagne.

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